Le Loum

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CRITIQUES :

 » Le Loum m’a captivé : pathétiquement drôle comme le sont les tragédies, volcanique et maitrisé, lalave coule, ou plutôt monte, avec de soigneux rebondissements. Je retiens la façon de faire repartir un livre en son milieu par intrusion du romancier dans son roman. C’est vraiment très fort (je préfère pour ma part à l’Imprécateur). Tu as raison : l’opus . Tu peux te reposer l’âme en paix ! ou plus exactement : travailler sans crainte .  » – lettre à l’auteur – Régis Debray 8 janvier 1978 –

UNE LETTRE DE MICHEL TOURNIER (29 novembre 1970)
En 1970, Michel Tournier obtint le Goncourt pour son roman réellement exceptionnel Le Roi Des Aulnes(Erlköuig en allemand). Je lui adressai alors mes vives et trés sincères félicitations car je n’avais pas lu depuis longtemps un roman aussi original et puissant. Il voulut bien me répondre le 29 novembre (le Loum’s day ! Le « jour du Loum », date ainsi désignée par un groupe d’amis, clin d’oeil à James Joyce qui avait fixé la journée de léopold Bloom, le héros d’Ulysse, au 16 juin 1904, date baptisée « Bloom’s day » et qui fut dignement et régulièrement fêtée chaque année par l’auteur et ses amis avertis. Et donc,M.Tournier, dans sa lettre du 29 novembre (date du jour où est censée se dérouler l’ascension du Loum par le Maître et sa vieille maman) m’écrivit ceci (retrouvé cette semaine dans mes archives) qui mérite grandement,me semble-t-il,de figurer ici-même puisque ce blog, avant toute autre fonction et considération sert avant tout à servir et éclairer mon oeuvre,pour aujoud’hui et pour plus tard.

Merci, cher R.V.Pilhes,
de vos amicales félicitations. Venant d’un confrère de votre envergure et de votre qualité, elles me sont particulièrement précieuses. Le fond de ma pensée,et vous ne pouvez pas ne pas être de mon avis, c’est que si le Loum n’a pas reçu le même accueil que Erlköuig, c’est uniquement parce que c’est un livre incomparablement plus fort,plus dense et d’un degré de folie bien supérieur. Vous avez dépassé des limites en deça desquelles prudemment je me suis tenu.Je vous envie…trés admirativement, et je suis attentivement vôtre. Michel Tournier.

UNE LETTRE DE M.CHAUFFETEAU, premier lecteur du Seuil dans les années 1960-1980
Autre lettre donc, cette fois pas d’un personnage célèbre, mais du principal lecteur professionnel des Editions du Seuil qui soutint vigoureusement le manuscrit de la Rhubarbe,alors encore tres « fouilli », lecteur dont on peut dire qu’il fut mon découvreur.

Cher Pilhes,
Je ne parlerai pas du Loum parce qu’il serait absurde d’en dire trois lignes dans une lettre.Simplement, j’ai été soufflé.
Lorsque j’ai lu la première version de la Rhubarbe, j’avais deviné chez vous une personnalité « costaud »(à l’état de nébuleuse). Mais jamais je n’aurais cru que vous puissiez écrire un jour un livre aussi important que le  » Loum « .
La parution du Loum a, pour moi, autant d’importance que la parution, autrefois, de « mort à crédit  » de Céline… Je me félicite d’avoir découvert un écrivain de votre stature. Croyez que je suis trés fier de moi (et de vous, of course).
Amicalement. Jean Chauffeteau.

DEUX LETTRES DE DOMINIQUE DE ROUX (9 octobre 1969 – juin 1970)

1)                                                   Cher monsieur,

Merci du Loum. Vous faites exploser les théories et même les théories de l’anarchie .

2)   Cher ami,je vous le dis à nouveau, vous êtes l’un des survivants des grands chasseurs de rennes, course puissante et précision  du jet quand les taxidermistes se sont même emparés de nos théologiens. Gombrowicz dans ses derniers jours aurait su lire le Loum, un livre enrichi de dépouilles, un livre primitif en l’état de terreur donc de triomphe quand mille petits écrivains sculptent des cuisses de femmes hideuses ou des gammes en vertèbres grammaticales. Votre dialogue d’ombres doit se poursuivre dans votre texte. Gombrowicz est sur la  dunette regardant les nuages et vous vous le regardez annonçant l’alizé.

Amitié encore.

Quelques critiques :

CLAUDE MAURIAC(Le Figaro-6 octobre 1969)

Pilhes ou le viol de la littérature.

JEAN FREUSTIE (Le Nouvel Observateur – 22 septembre 1969)

Du véritable écrivain, on peut dire aussi « Là où il est passé,il a fait place nette « .

LUCIEN MAILLARD (Combat – 2 octobre 1969)

Une précieuse alchimie qui fera date et qui marque déja le Roman par son originalité. Et nous ne l’oublierons pas de sitôt.

Notons une très intéressante analyse du Loum sur Wikipédia.

18 réflexions sur “Le Loum

  1. oui un livre étonnant (un ovni)
    qui mériterait une réimpression
    et d’autres analyses
    littéraires et aussi psychanalytiques et psychologiques

    il serait bon aussi de lire la chapitre IV
    le dernier à l’état d’ébauche seulement pour le moment

    bien à vous
    marc Laumonier

    1. renevictorpilhes

      Bonjour.Je me sers d’un de vos anciens messages pour vous joindre!Tant pataude je suis!Pour vous signaler une analyse du Loum qui vient d’apparaitre sur Wikipédia.Comment allez-vous?Moi,je dis me reposer en ce moment.Mais je garde le moral.Bien à vous.

      1. bonjour ! je reviens de Paris
        où j’ai enregistré pour France Culture
        ayant si peu l’habitude de parler littérature
        je crains que mes bafouilles – si peu développées – soient peu intéressantes
        j’essaierai de faire mieux la prochaine fois !
        et vous comment allez-vous ?
        l’hiver se termine
        le printemps arrive
        vous allez retrouver des forces dans ces jeunes bourgeons revigorants, même la jusquiame vénéneuse et noire et visqueuse
        mettra son air de fête
        je vais de ce pas (lon la)
        aller voir les travaux de la merveilleuse Judith (lon lite)
        amitiés
        marc L.

    1. renevictorpilhes

      Tout excusé ! En fait,il s’agit de la fameuse « partie perdue » ! Quand elle verra le jour vous en serez parmi les tout premiers informé. J’ai rajouté de nouvelles références. Et j’ai l’intention de m’occuper cette année d’une réédition du livre. Je vous tiendrai au courant. Car vous avez été, en queque sorte, mon « redécouvrer ». Amicalement.

  2. Ping : Encore le Loum et toujours pour info: Dominique de Roux – Claude Mauriac – Jean Freustié – Lucien Maillard « Le blog de René-Victor Pilhes

    1. renevictorpilhes

      B
      bonjour Judith,
      Je l’ai,évidemment,remarqué:vous avez l’oeil perçant, « l’oeil littéraire « .Je n’ai plus jamais ressenti mes sensations loumaires.J’ai là atteint un pic.Un fauve qui s’est libéré de sa cage.Dans La Rhubarbe ,j’ai ouvert cette cage.Puis,j’ai tout dévoré sur mon passage.Après quoi,comme épuisé,je me suis laissé capturer.Certes,je suis resté lion,avec de belles dents.Mais,je suis redevenu prisonnier.Mes livres sont le reflet de ces épisodes.Mon noyau pointu d’amoureux de mon oeuvre estiment que le Pilhes « fantasmatique » est dans les deux premiers livres.Après quoi,l’Imprécateur apparait comme un beau quartier de viande.Mais comment une entreprise multinationale aurait-elle pu remplacer ma terrible maman et mon papa en fuite?Songez qu’en classant mes archives,je découvre,une fois de plus,le manuscrit surchargé des corrections de ma mère de mon premier texte au demeurant non publié!Elle trouvait que c’était mal écrit!Elle mettait,par exemple,au présent ce que j’avais mis au passé!Je glisse pour j’ai glissé!Plus tard,en société,elle répondait péremptoirement à ma place quand on m’interrogeait sur La Rhubarbe!Le Loum est venu en bonne partie de là.C’est pourquoi,l’auteur de ce Loum parle sans cesse « du manuscrit volé ».Les exégètes s’en donneront à coeur joie.Trés bonne et heureuse année à Judith.Soyez,si vous le voulez,ma bonne prosélyte,tout en choisissant celles et ceux qui supportent les alcools forts.

  3. Judith

    Re-Bonjour et merci pour ces nouveautés qui nourrissent notre curiosité ! En effet une réédition du Loum serait une bonne idée, ce pourrait être l’occasion d’un joyeux remue ménage littéraire.
    Ne pensez-vous pas, au regard de l’ensemble des romans publiés, qu’il y ait un avant et un après Loum ? Certes les figures maternelles et paternelles ne sont plus les sujets principaux des romans suivants, mais dans l’écriture elle-même il me semblait que la Rhubarbe et Le Loum usait de ce même style fait de personnages aux noms comme des refrains enjoués : petite grand-mère chérie, le nez bourbon et les cheveux noirs de jais, la mère charnue, noire et poudrée. Ou de ces leitmotive comme ce livre neurasthénique à formule quasi inconnue, effets de style que par exemple il ne me semble pas retrouver dans L’Imprécateur et les suivants (peut-être dans La Jusquiame avec un narrateur qui chantonne Lonli lonla à la fin des chapitres). A chaque sujet son écriture ?
    Deviez-vous liquider en partie ces sujets familiaux avant de pouvoir écrire sur à propos de l’entreprise ou de la politique ? Ou parce que vous y étiez « allé un peu fort » avec Le Loum vous avez choisi d’emprunter ensuite d’autres voies ?
    J’espère que cette Partie perdue avance bien et que cette année 2010 vous sera source d’inspiration et de réussites.
    Bien à vous

  4. Judith

    Encore une fois merci pour tous ces éclaircissements. Qu’est-ce qui, aujourd’hui, vous fait écrire et continuer ce Loum, est-ce la volonté de clore ce récit inachevé ?
    Si les deux premières parties sont écrites en réaction au vol du manuscrit par l’engendreuse, quel est à présent votre état d’esprit lorsque vous travaillez cette Partie perdue (maintenant qu’elle n’est plus là pour corriger à sa façon vos écrits)?
    De la rhubarbe ou des rouleaux imprécatoires en guise d’appât avant de mettre entre les mains des plus téméraires cette histoire autour d’un pic phallique, voilà comment je tente d’attirer de nouveaux adeptes !
    Bien cordialement

    1. renevictorpilhes

      Mon état d’esprit est celui d’un « vieux fils » en plein désarroi et d’un écrivain en plein doute.J’espère que j’écrirai enfin ce dernier livre crucial.Je vous tiendrai au courant.Votre méthode pour « répandre la bonne parole » est de loin la meilleure.Encore merci et trés cordialement.

      1. Judith

        Que le courage et l’opiniâtreté ne vous fassent point défaut dans cette tâche que l’on sent si ardue mais si loin d’être vaine. Bonne continuation dans ces pérégrinations loumaires.

      2. renevictorpilhes

        Bonjour.Je vous signale une analyse du Loum sur Wikipédia qui vous intéressera sûrement.Bon week-end et trés cordialement à vous.

      3. Judith

        (Bonjour, merci pour ce qualificatif puisque je dois avouer être l’auteur provisoire de cet article dont j’espère bien qu’il sera enrichi et ses imperfections gommées par d’autres lecteurs-contributeurs. Comment en effet résumer un livre si dense soulevant à chaque lecture de nouveaux « pans » (quelle signification donnez-vous donc à la mère répétant « tu n’es pas né de ces tiges» ?) Vous semblez sonder les profondeurs en cheminant vers les cimes. En espérant que vous vous portez bien et que vous parvenez à continuer votre narration. Bien cordialement.)

      4. renevictorpilhes

        Bonjour,
        quel travail!
        La mère a dit(le Loum,p26): »ces feuilles et ces tiges s’écartent seules devant vous « .
        C’est magique.C’est Jeanne d’Arc reconnaissant le dauphin.
        « Elles vous connaissent mais elles n’ont pas saigné de vous »
        Et pour cause:c’est elle qui a saigné.
        « Vous naquîtes,mon fils,à l’hôpital Bretonneau,à Paris,vous n’êtes pas né de ces tiges,mon fils ».
        Et donc,revendiquant sa maternité,et son fils avec,elle tue « l’usurpatrice »,la Rhubarbe  » géante,maternelle et sacrée ».
        Et maintenant,pour voir,un tour vers cette Rhubarbe « impériale »(p65), »familiale », »majestueuse », »s’étendant à l’infini »(p91 et 128).
        Et voici la clef(p64): »tu verras comme grand-père sera heureux lorsque,ayant ouvert la grille du jardin,tu lui feras signe d’entrer!Il sera frappé par ce plant de rhubarbe phénoménal qui a poussé à côté du portail peint en vert et il te questionnera à ce sujet.Tu lui expliqueras:derrière ce plant de rhubarbe,j’ai pleuré la nuit de la mort de ma grand-mère chérie.Il se signera avec émotion ».
        Il s’agit là du soliloque d’Urbain imaginant sa demi-soeur Béatrix réconciliée escaladant le mamelon géant(déja!Mais pas encore un pic!Et moins encore un phallus!)et culminant qui surplombe le cimetière de Torlu.
        Ici,il est utile de savoir:
        1)Que l’auteur a été élevé par sa grand-mère maternelle.
        2)Qu’il a commencé à écrire la Rhubarbe au lendemain de sa mort et qu’il lui a dédié le livre.
        3)Qu’il la donc considérée comme sa vraie mère.
        Le coup de canne au bout ferré qui perce la « tige-mère »,c’est donc la tentative de meurtre de la mère contre la grand-mère usurpatrice et,surtout,contre l’oeuvre que celle -ci inspirera.Et sang et lymphe s’en écoulent.Hommes et femmes de la famille,ressuscités pour les besoins de la cause,emmenés par « l’immense et blanche vieillarde « ,vollent à la rescousse du fils mais sont balayés par le cataclysme loumaire et regagnent « la tombe universelle ».
        Evidemment ,pour parvenir au somment du pic phallique,comme à celui de n’importe quel pic,il existe plusieurs voies.Ici,le Président calculateur s’enfonce dans l’anus loumaire au lieu d’ascensionner autrement,car,ce choisissant,il fera progresser sa coriace maman sur un terrain obscur mystérieux,qu’il sait semé d’embûches et quelque peu répugnant,ce qui devrait,selon lui,à la fois l’édifier et,pour le moins,ne pas lui faciliter la tâche.Je veux dire:édifier la maman.
        Oui,la Rhubarbe+le Loum,c’est « work in progress ».L’écrivain-écrivant tant théorisé mais rarement mis en pratique.
        Voilà pour aujourd’hui. J’espère,et même je suis certain,que bientôt je serai moins fatigué et que je pourrai reprendre cette « partie perdue » fantômatique.Je pense que votre travail sera repris un jour,et plus tôt qu’on ne pourrait l’imaginer.
        Soyez assurée de mes sentiments particulièrement cordiaux.
        Je vous remercie.

      5. Judith

        Re-bonjour, merci pour toutes ces nouvelles précisions, je comprends mieux toutes les implications, tensions, allusions foisonnantes qui sont sous-jacentes dans cette entrée en matière. Il est en effet intéressant de relire La Rhubarbe après Le Loum, les deux livres semblant former un diptyque, le père puis la mère. Lors de l’enterrement de la grand-mère à Torlu, le récit qui en est fait parait alors prendre des allures de Loum : une sorte d’ivresse et de folie qui surgit, les mains baladeuses, la pente difficile à gravir, un narrateur qui veut rendre compte fidèlement de ce qu’il a vu d’incroyable. Manière de tourner une dérision une famille « de la haute » catholique incapable de se tenir décemment à un enterrement ? Merci encore pour votre réponse. Reposez-vous bien. Bien à vous.

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