L’Hitlérien

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L’Hitlérien raconte la triste et pathétique histoire d’un vieux et ardent militant des droits de l’homme, et de l’émancipation des peuples, des luttes anti-racistes et des combats contre la torture qui se retrouve soudain accusé d’antisémitisme pour avoir critiqué la politique de l’état en Palestine, tandis que l’un de ses très anciens collègues de travail, admirateur patenté d’Hitler, consommateur vorace des « bougnoules « et autres « ratons « depuis la guerre d’Algérie, pour le moins peu sensible au sort des palestiniens, se découvre partisan enthousiaste de Tsahal, et , on l’aura compris, de circonstance, et se voit, pour cela, absous, fut-ce provisoirement, de ses dévoiements d’extrême-droite et de sa haine contre les juifs. Le malheureux militant de gauche n’est pas juif, ce qui le place aussitôt sur la sellette. Car les juifs, eux, peuvent s’attaquer à la politique israélienne sans encourir l’accusation infamante d’anti-sémitisme. D’ailleurs, ils ne se privent pas de le faire, souvent avec une grande violence. Cet « hitlérien « , qui réapparaît, sans crier gare , dans l’existence du militant, 50 ans après leurs furieuses oppositions de jeunesse, n’a alors de cesse de railler son vieil adversaire de gauche désemparé : tu t’es battu aux côtés des juifs toute ta vie et voici que tu la termines dans la peau d’un anti-sémite quand je dirige, moi, une revue anti-arabe où même certains juifs écrivent ! Est-ce que tu comprends enfin, maintenant, ce qu’ils sont vraiment ? Tragique et aberrant retournement de situation. Grâce à la quasi centenaire maman du militant, ancienne résistante de choc, l’honneur et la morale seront saufs, et l’hitlérien subira le sort qu’il mérite. N ‘empêche que son fils en sera gravement déstabilisé. Ce livre créa et crée un sérieux malaise chez beaucoup de lecteurs juifs, non en raison de son anti-sémitisme, bien sûr, mais parce qu’il soulève une mauvaise conscience. Défendre inconditionnellement la politique et la stratégie des gouvernements israéliens, même si on en aperçoit les raisons intimes enfouies dans la mémoire et la hantise de la Shoah, finit par coûter cher et détraque les relations entre juifs et non juifs. Il sera intéressant d’observer l’accueil du roman qui suivra La Jusquiame, 10 ans après.

Quelques critiques de l’Hitlérien :

« Un roman vif et subtil…Pilhes nous dit à travers lui l’essentielle fragilité des écrivains » Gilles Perrault – Le Monde Diplomatique

« Pilhes est génial. Il nous propose à nouveau deux personnages, le bon et le méchant. L’écriture est tellement belle que le choix alors n’est pas difficile. Pour Gorenfan contre Nomen l’Hitlérien. Et puis se forge la réflexion. Ce n’est pas si simple. Je suis libre de n’en préférer aucun. La peste ou le choléra » – Gérard Ghariani, Actualité Juive.

« Comme René Victor Pilhes, dont le roman l’hitlérien, pour incertain qu’il fut, n’aurait pas du être passé sous silence. Il mettait en scène un héros finalement horrifié de se voir devenir anti-sémite sous un prétexte d’abord subjectif ( il est stupidement traité lui-même d’anti-sémite par un irresponsable disposant d’une tribune ) et découvrant pour la circonstance une raison objective (il est pro-palestinien). Mais c’était le récit honnête d’un abandon, d’une catharsis. C’était aussi un avertissement » – Jean Daniel, Le Nouvel Observateur.

Une réflexion sur “L’Hitlérien

  1. Ping : A lire : « L’Hitlérien » de Réné-Victor PILHES « blog de Marinette Bache

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