Le « marché » en majesté : extrait de mon roman LE CHRISTI (1997)

Ce Dieu-Robot, c’est le Marché… Qu’est ce monstre dont les peuples n’ont jamais vu la figure et qu’ils entendent grogner, lui et ses petits, « les marchés », dès que son estomac le dérange et qu’il réclame sans délai son abominable ration d’ajustements, de licenciements, de réduction de budgets sociaux, de « cures de rigueur », de « vérité des prix », semant le désespoir, la famine et la mort en échange des juteux rendements des obligations du Trésor américain, et le malheur aux pays qui renâclent et aux monnaies qui désobéissent, ils sont aussitôt abandonnés et châtiés par des déplacements instantanés de milliards de dollars, butins planétaires de fonds de pension, sociétés d’assurances, sociétés d’investissement à capital variable, et autres institutions financières et usines à fabriquer l’argent, imposant aux gouvernements une absence de règles et de lois, propice à leurs forfaits, conforme à leurs insatiables appétits, hurlant sur leur passage à travers les nations dévastées : « Place ! Place ! ». Cette finance mondiale, hystérique, est adorée par vous car elle présente certains traits inhérents à la nature divine telle que les hommes l’ont imaginée… Cette finance n’est plus visible, elle n’est plus matérialisée, plus de billets, de pièces, de lingots, rien que des écritures d’ordinateurs déchiffrables par les seuls initiés … »