À l’intention des courageux lecteurs du loum et d’éventuels,futurs et pointus exégètes de mon oeuvre

Voici ce que nul n’a jamais remarqué, même à l’époque où mes livres faisaient l’objet de critiques aussi nombreuses que dityrambiques : le loum est annoncé dans La Rhubarbe en 1965, 4 ans avant sa publication, ce qui prouve que la Rhubarbe n’était qu’une création permettant  d’évacuer la famille paternelle de l’enfant adultérin non reconnu par elle avant de pouvoir se consacrer librement à la mère. Quelle affaire !

 

Et voici la phrase probatrice de La Rhubarbe :  » mais aujourd’hui , à l’instant précis où, mon panier à la main, accroché aux jupes de la femme légitime de mon père, maintenant qu’un bref calcul mental, favorisé par l’ambiance de marchandage et de troc, m’a permis de découvrir que père me devait en espèces sonnantes et trébuchantes un mamelonneux monticule d’écus, maintenant donc j’ai la certitude que la famille C. possède un trésor qui m’appartient et qui m’attend quelque part, en un endroit qu’il m’est difficile mais pas impossible d’atteindre :  » Les Cuns du Loum « .

Publicités

19 réflexions sur “À l’intention des courageux lecteurs du loum et d’éventuels,futurs et pointus exégètes de mon oeuvre

  1. Judith

    Bonjour Mr Pilhes, je viens d’achever votre Loum, c’est vrai qu’il est terrible et fascinant dans son écriture ! Je me suis demandée si cette date du 29 novembre 1965 avait une signification particulière (pourquoi pas le 28 ou le 30 ?!) ; s’agissait-il de mettre disproportionnément en avant une date quelconque, commune, tandis que se produisaient des faits non ordinaires ?
    J’ai lu avec intérêt ces commentaires et lettres que vous aviez reçus à propos de vos livres, ces éloges que vous adressent leurs illustres auteurs sont en effet éloquents. Bien à vous.

    1. renevictorpilhes

      Bonjour Judith.Ainsi vous faîtes désormais partie du club des héros¨des lecteurs du Loum.Et encore une fois,devrais-je lasser,vous et d’autres,je dois à la plus stricte vérité de louer votre étonnante perspicacité et votre art de poser les questions importantes.Après « Gorenfan »,voici que vous m’interrogez sur le « Loum’s day »!Ce fameux 29 novembre où se déroule l’ascension du « pic phallique » par la maman et son fils.Eh bien,cette date n’est assurément pas le fruit du hasard car j’obtins le prix Médicis pour  » La Rhubarbe » le 29 novembre 1965,au grand dam de ma mère qui n’avait jamais pensé une seconde que je fus capable d’écrire un livre,moins encore de rencontrer le succès,et qui parlait aux gens de mon roman à ma place comme si elle l’avait écrit,ce qui fut la terrible goutte qui fit déborder le terrible vase.Ici,je n’ai pas fait que vous répondre mais,grace à vous,d’éventuels et futurs exégètes,sauront à quoi s’en tenir.Merci mille fois de m’obliger à m’expliquer et bien à vous.

      1. Judith

        Je vous remercie vivement du soin que vous avez pris à me répondre et des précisions que vous y avez apportées. Ces éléments en main, certains passages sont encore plus retentissants et éclairés qu’à la première lecture, je pense par exemple à celui où la mère indique au narrateur les principales lignes du roman qu’il écrira quand il sera grand. Encore merci. Bien à vous.

      2. renevictorpilhes

        Mais oui!Et aussi,à la fin,le vol du manuscrit : »-Ah,tu es cuit !  » s’écrie la maman, »tu m’as fait accoucher de papiers imprimés ! « -bien à vous.Bonne journée.

      3. Judith

        Est-ce que dans ce cas on peut penser le Loum comme une réappropriation par l’auteur de son œuvre, en écrivant un roman que votre mère aurait plus de mal à considérer comme le sien ? S’approprier vos écrits suppose assumer aussi bien les plants de rhubarbe que le pic phallique et ses chancres. Dans les romans que vous avez publiés par la suite, vous n’avez plus abordé les mêmes thèmes que dans la Rhubarbe ou le Loum, pensiez-vous en avoir suffisamment dit à ce propos ? Bien cordialement

      4. renevictorpilhes

        Oui.Comme vous l’avez lu, »l’engendreuse »,quand bien même elle ne serait dotée que d’une intelligence ordinaire,considère que du seul fait qu’elle a porté dans son ventre son fils elle a porté avec lui tout le génie qu’il a manifesté plus tard,et donc que tant son oeuvre politique que littéraire lui appartient d’abord à elle de facto.La question posée dans le Loum est donc:le pouvoir d’engendrer est-il plus puissant que tout autre pouvoir quelqu’il soit?C’est pour cela que « le maItre » qui est aussi « Son Excellence »,c’est à dire à la fois Joyce et Napoléon,ayant échoué à s’imposer au terme de la première partie du livre,en vient dans la deuxième à recommencer l’escalade en se déclarant,cette fois,comme un mâle,qui gràce à son pénis,vaincra la femelle.Mais,là encore il échoue!C’est dire la puissance de la maman impitoyable et formidable!Reste à écrire la troisième et ultime partie:la « partie perdue ».Mais perdue par qui?Si je trouve la force de l’écrire,on le saura peut-être enfin.Bien à vous.

      5. Judith

        Vous-même ne savez-vous pas le fin mot de cette histoire ? Le Loum semble présager une issue funeste, son Excellence craint de ne jamais voir « poindre la perspective d’écrire les inouïes funérailles de cette diable de femme », tandis que la mère y voit plutôt deux corps dans les ravins, resterait donc à savoir qui pousserait, entrainerait ou se cramponnerait. A moins que votre imagination ne nous entraine vers d’autres voies ! Puissiez-vous trouver la force d’écrire le finale de votre opus afin qu’il ne soit pas une partie perdue pour vos lecteurs. Merci d’avoir abusé de votre patience pour répondre à mes questionnements. Bien à vous

      6. renevictorpilhes

        Eh bien j’y suis.Longtemps après:Son Excellence est morte depuis des années.L’engendreuse qui avait disparu au sommet du pic a été retrouvée,rendue par la fonte des glaces.Et le narrateur,toujours vuvant,est sommé de narrer la suite et la fin alors qu’il est quasi sans forces et surtout dépourvu de son talent.Et pourtant,il écrira cette « partie perdue »,ainsi titrée en raison de ce que par rapport aux parties précédentes,celle-ci sera médiocre.Ultime revanche du personnage contre l’auteur.J’aurai peut-être fini l’année prochaine et je ne suis pas sans jubiler en créant un dernier texte si « nul ».Bien à vous.

  2. Judith

    Merci pour cet avant-goût qui me permettra de patienter jusqu’à sa publication ! Sans l’engendreuse le narrateur se révèle donc incapable d’écrire comme auparavant, d’autant plus qu’il semble s’éloigner de la fin qu’elle lui avait indiquée, ainsi avait-elle raison, un bon programme en perspective ! Une narration médiocre mais une idée fameuse de l’auteur, bon courage pour la suite de votre écriture. Bien cordialement

  3. Judith

    Re-bonjour M. Pilhes, une simple question qui me vient à la lecture de votre article, qu’était-ce ce Loum et ses Cuns que vous mentionnez dans La Rhubarbe ? Lorsque vous avez écrit ces lignes, bien avant de recevoir votre prix Médicis, aviez-vous déjà en tête quelques uns de ces terribles desseins que vous narrez dans votre roman ? Est-ce une promenade qui a mal tourné ? Bien à vous

    1. renevictorpilhes

      Loum vient de l’occitan « lum  » qui signifie « lumière ».Oui,j’avais dans la tête le Loum quand j’écrivais la Rhubarbe,initialement intitulé « Le Bâtard »,titre abandonné in extrémis en raison de la publication de « la Bâtarde » par Violette Leduc.La Rhubarbe s’occupe du père ,pâle figure,et de sa famille,tandis que Le Loum s’occupe de la mère,si puissante et de si fort caractère.D’ailleurs,vous avez vu ce que devient la figure du père dans le Loum,ironiquement baptisé « père puissance » avant que d’être précipité dans les abîmes d’une chiquenaude.Voilà l’affaire.Bon week-end et bien à vous.
      Et aujourd’hui,les « cuns ».Ce mot désigne dans la réalité,des abrupts vertigineux qui entourent le Mont-Valier,seigneur et pic culminant des pyrénées couseranaises.Dans mon univers,il faut en convenir,trés spécial et tourmenté, »cuns » désigne trois échancrures,trois entailles infectées et purulentes témoignant de ce que ce « phallus de granit  » est bien malade.Vous trouverez au milieu des « Démons de la Cour de Rohan  » une topographie de ces lieux magiques établie par moi,sans oublier le souterrain qui gravite en traversant le « dard ».C’est,à ma connaissance,la seule tentative de représentation graphique du Loum,à l’exception du dessin que Topor avait proposé pour illustrer la couverture de l’ouvrage en Points-romans du Seuil,que je n’ai pas encore rendu public.Ce que je ferai dans mon blog un de ces jours.Bon dimanche et bien à vous.

  4. votre discussion est très intéressante, merci à Judith pour ces questions pertinentes
    Vous disiez ne pas avoir voulu faire paraitre la troisième partie du « loum » pour ne pas blesser votre mère, mais l’aviez-vous écrit même partiellement ou pas du tout à cette époque ? Bref votre écriture est-elle tout à fait neuve de ces années passées ou avez vous repris vos écrits antérieurs ?
    bel article sur vous dans le monde de vendredi dernier (à propos de l’imprécateur)…
    amitiés
    marc Laumonier

    1. renevictorpilhes

      Eh bien,cette « partie perdue » a été composée à l’époque quand j’ai écrit les deux premières.Il s’agissait de faire mourir l’héroïne puis de la descendre du pic en grande pompe devant les populations massées dans la plaine.Les plans sont là.Mais mes forces ont décliné et mon agressivité désespérée a fondu.Que faire?Cela donnera un texte trés singulier si je parviens à l’expulser jusqu’au bout.

      Je n’ai pas lu le monde.Merci de me signaler ce texte.Je vais le chercher.Amicalement à vous.

  5. La montagne-mère.
    L’ambiguïté des valeurs attribuées à la montagne-mère peut se résoudre dans deux directions antithétiques. La première s’applique à sacraliser le lien à la mère, à l’ériger en symbole de pureté, voire d’inaccessibilité, voué à la contemplation, se préservant ainsi de toute dérive incestueuse, l’autre s’attache au contraire à mettre en évidence le lien charnel à la mère, et joue de la participation et de l’intimité sensible, jusqu’à la fusion.

    Jean-Olivier Majastre in « l’art, le corps, le désir », L’Harmattan 2008

    bien à vous ML

    1. renevictorpilhes

      Mais dans le cas du Loum,cette montagne n’est rien d’autre qu’un sexe malade,purulent,symbole des vices ancestraux.En granit dans la première partie,puis de chair et d’os quand la maman détraquée le voit soudain ainsi.Et cette montagne là,ce dard,le fils propose à sa vieille mère de l’escalader alors qu’il est persuadé qu’elle en est incapable,et que par surcroit,gravissant un phallus dégoulinant,elle subira là la punition et l’humiliation des turpitudes qu’il lui reproche ainsi que des profondes blessures par elle infligées,notamment de l’avoir toujours,selon,lui considéré comme une progéniture de dernier ordre.Hélas,croyant lui tendre un piège mortel et imparable,c’est contre lui que celui-ci se retourne,où il découvre que quelque soit son génie et la violence de son désir de meurtre,un fils,tout mâle qu’il est,n’est jamais grand-chose au regard de la puissance initiale de l’engendrement.Merci de vous intéresser à ce livre et d’en suggérer la lecture à des membres choisis de votre entourage et de vos relations.Je note l’ouvrage que vous publiez à l’Harmattan.Croyez à toute ma sympathie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s