Précision sur TF1

Je fus administrateur de TF1 quand la chaîne était encore publique ,avant qu’elle ne soit achetée par M.Bouygues.

Illustration de l’extrait précédent (n° 2)

Numériser

Illustration de Marc Taraskoff pour Le Monde Diplomatique – 1985

Le commissaire aux questions juives Broume, devant le mur des fusillés du château de Tonombres, avant son étranglement par le jeune Antonio Ordonez

Deux observations sur les deux extraits précédents

1) Comment expliquer qu’à notre époque où il n’est question que de ” mémoire ” qu’une oeuvre comme celle-ci qui serait si salutaire à découvrir par notre jeunesse ait été expulsée de la collection de poche où elle était et qu’elle soit épuisée chez l’éditeur ? Est-ce que la ” mémoire ” y trouve son compte ?

3)Le titre ” les démons de la cour de Rohan “  se réfère à un appartement sis à Paris Cour de Rohan où se réunissent  mes personnages conspirateurs et non, comme le suggérait la stupide couverture du livre à un quelconque récit ésotérique.

Les ” démons de la cour de Rohan “(extrait N°2)

…Ordonez frottait toujours. Mais là, il se retourna afin de vérifier que nul n’était apparu aux alentours, puis il ferma les yeux .

” Je vais vous frotter des deux mains , prévint-il, autour de la première et de l deuxième vertèbre . “

Il joignit le geste à la parole. Maintenant ses deux pouces massaient la nuque de M.Broume .

” On dirait que vous avez fait ça toute votre vie ” , apprécia ,  joyeux ,  l’ancien commissaire aux questions juives du maréchal Pétain, du président Laval et de l’amiral Darlan.

Ordonez malaxait doucement la nuque du vieillard. Il rouvrit les yeux et contempla le mur. C’était le 8 mai 1975.

Trente ans plus tôt, jour pour jour, Berlin capitulait. Trente-deux ans plus tôt , en ce lieu même, où il massait la nuque du grand déportateur de juifs de l’Etat Français, son papa, Diego, capitaine franc-tireur, s’écroulait au pied de ce mur, son corps déja supplicié, troué de douze balles tirées par les gestapistes. Antoine songea à sa mère et à sa soeur… Il se sentait à sa place. M.Broume poussa un petit cri : ” Vous me faites mal ,  mon ami,  que faites-vous ?

…Antoine serra plus fort. La langue de M.Broume saillit .

Auschwitz.Soit.Maïdanek.L’Eternel.Treblinka.Et loué.

Antoine eut une pensée pour tous les jeunes juifs de son âge qui, dans quelque cauchemar ,  avaient rêvé d’étrangler M.Broume.

Sobibor.Soit.Chelmno.L’Eternel.Ponary.Et loué.

Antoine sentit craquer sous ses doigts des cartilages .

Theresienstadt.Soit.Varsovie.L’Eternel .Vilno .Et loué .

Alors il serra davantage encore en faisant remonter le menton par une pression de l’avant-bras .

Skarzysko .Soit.Bergen-Belsen . L’Eternel . Janow . Et loué

Enfin la tête du bourreau s’affaissa d’un coup sur son épaule gauche.

” Il s’en va ” dit Massip. Et il redonna les jumelles à Cavalié.

- Il est mort , dit l’ordonnance.

- Cest une belle célébration du 8 mai ” commenta Massip.

Là-bas, Antoine Ordonez s’était replié dans la forêt. Il redescendait au village et répétait dans sa tête les dernières lignes du  dernier des justes , le plus beau et le plus puissant de tous les romans jamais expulsés du ventre de l’holocauste : Dora.Soit.Neuengamme.L’Eternel.Pustkow.Et loué…

La “transfiguration” des pétainistes. (extrait des “démons de la cour de Rohan”(suite de La Pompei)1987-

Le lendemain  dimanche, tout Tonombres fut à la grand-messe de 10h30. Je reconnus M.Broume , l’ancien commisaire aux questions juives de Vichy, M.Reverini et M.Clar, le secrétaire d’état à l’information… L’abbé Cancel monta en chaire : ” aujourd’hui , mes frères, mes soeurs, est le jour de la Transfiguration”… D’une certaine façon, des hommes de bien du genre de M.M. Clar et Reverini et Broume qui avaient sincèrement cru servir au mieux la patrie en exécutant la politique du maréchal Pétain et du chancelier Hitler , n’étaient-ils pas, à leur tour, 25 ou 30 ans plus tard ” transfigurés ” ? Leurs visages rougis de honte , en 1945 , sous les accusations et les clameurs du peuple versatile qui les jugeait, tondait leurs femmes et leurs filles, ne ” resplendissaient ” – ils pas  ”comme le soleil du visage de Jésus ? Et leurs vêtements si souillés du sang des maquisards, résistants ” terroristes des juis et des tziganes exterminés par la plus puissante, instruite, industrieuse, romantique nation du monde, ne redevenaient-ils pas ” blancs comme neige ” à l’instar des vêtements du Seigneur ce jour là ? En ce dimanche de la ” Transfiguration ” , dans cette petite église de mon cher Tonombres, je portai mon regard vers la chapelle où le clan pétainiste antisémite du Mirabat  se recueillait les yeux mi-clos devant la statue de la Vierge Marie… Qui leur avait évité la potence ? Pis : qui les avait décorés, promus, hissés sur le pavois ? L’écrivain anti-fasciste U.G. avait souvent abordé la question avant son suicide. En 1939-45, une France vermoulue et déchue se coucha, tel un grand cétacé égorgé par des squales, dans la boue et la honte, dans une Europe ravagée par le crime organisé, par un gang au niveau d’un état et à l’échelle industrielle, par des ” seigneurs ” jouant du génocide et de ” l’espace vital “. Moralité , sens de l’honneur, instinct de la liberté , le cédèrent aux pires veuleries, compromissions en tous genres , complicités de meurtre. La victoire  ” mécanique ” des armées alliées, qui a terrassé le monstre nazi , n’a pas allégé la conscience ni éclairci les idées d’une France qui ne s’est pas encore remise de pareille dislocation , et , après la cauchemardesque ” campagne de France ” puis l’ouverture des portes d’Auschwitz, il n’ y avait certes pas motif à écrire derechef  ” Les croix de Bois ” (roman de Roland Dorgelès publié en 1919 à la gloire des poilus.)… Mais un beau matin, les fils et filles des vaincus de 40, intrigués , inquiets de ce silence, dressèrent soudain les oreilles et reniflèrent des remugles : dix ans après l’holocauste et la lâcheté de millions d’aînés, voilà que les anciens bourreaux,  jouisseurs et profiteurs de tout poil se haussaient du col tandis que les anciens héros faisaient l’objet de compassion, voire de dérision, que les affaires et la politique reprenaient leurs droits et qu’on réhabilitait à tour de bras. C’était le début du processus de ” transfiguration ” des Clar, Sanaris, Reverini, Tonombres…

- ” ça devrait nous intéresser , pas vrai , nom de Dieu ! ” tonnait U.G. peu avant son suicide.

Tom Wolfe-Un homme,un vrai-Roman-Editions Pocket-Par le grand auteur du “bûcher des vanités”-(1987)-

Un livre indescriptible. Une plongée dans la violence et le cynisme primaires du business américain , au coeur de l’état  de Georgie, la manipulation politique  du racisme anti-noir toujours tapi derrière de légales apparences, une cohorte de personnages dignes de Dostoïevsky et de ses frères Karamazov. Un livre qui permet de comprendre une certaine amérique profonde d’aujourd’hui et combien sera rude la tâche du président Obama. Wolfe n’est pas loin du tout de Faulkner. Avis aux amateurs.

L’Insurgé-Jules Vallès-1886-

Petite note retrouvée par moi griffonnée le 20 novembre  1965, au lendemain de l’obtention du prix Médicis pour mon premier roman  ” La Rhubarbe  ” et qui en dit long sur mon état d’esprit alors, note qui n’est  rien d’autre qu’un extrait du livre de Vallès et que voici : “  je me sens apprécié de quelques-uns et j’en avais vraiment besoin, car il est dur de rester, comme je l’ai fait,  railleur et sombre, tout le long d’une jeunesse robuste .”

Le siècle des lumières

C’est le titre d’un roman somptueux, une sorte de  ” poème historique “, de  l’écrivain cubain Alejo Carpentier (1904-1980) : les Antilles et les Guyanes en 1791 . Un texte qui non seulement éclaire mais illumine les évènements actuels outre-mer. Pressez-vous d’ y aller.

Quand les américains s’éveilleront

J’ai retrouvé une note dont je pense qu’il est intéressant de donner des extraits. Cette note est un matériau parmi d’autres surgi à la faveur de mon travail en cours (work in progress ! ). Voici : “  les américains n’avaient jamais connu ni conçu ni même envisagé d’autre système que l’absolue liberté d’être et d’entreprendre. Ils admiraient les riches , voyaient en eux des exemples, la suprême justification de leur organisation politique et sociale. Il ne leur venait guère à l’esprit que certains les roulaient dans la farine…  Le réveil était amer pour nombre d’entre eux… L’ heure est venue de méditer ce qui suit : à l’aune de l’Histoire, l’Amérique n’est qu’un gros bébé, au mieux un adolescent, mais un colosse. Elle se peut comparer à l’un de ces enfants de 14 ou 15 ans déja mesurant 2 mètres, comme on en voit parfois dans les stades, capables d’assommer un boeuf , ne disposant, cependant, que du cerveau d’un enfant de leur âge , où la raison  et la connaissance intime de la psychologie humaine n’ont pas eu le temps d’établir leurs quartiers, ce qui est bien compréhensible. Et en dépit de leur stature et de leur force précoces, ils restent exposés  à des enthousiasmes, des emportements, des angoisses, tous juvéniles. Surtout, à beaucoup de naïveté. L’Amérique, au contraire des autres nations civilisées, n’a jamais fonctionné sous des régimes tels que la monarchie ou la dictature.  Au vrai, il s’avèrerait surprenant, à terme historique, qu’elle fit l’économie des convulsions, soubresauts , révoltes et révolutions diverses qui ont modelé les empires et les nations vieux de 1000, 2000 ou 3000 ans. Les Hébreux, les Romains, les Grecs, les Perses, les Ottomans, les Mongols, les Chinois, etc… ont connu tout ça.

À l’intention des courageux lecteurs du loum et d’éventuels,futurs et pointus exégètes de mon oeuvre

Voici ce que nul n’a jamais remarqué, même à l’époque où mes livres faisaient l’objet de critiques aussi nombreuses que dityrambiques : le loum est annoncé dans La Rhubarbe en 1965, 4 ans avant sa publication, ce qui prouve que la Rhubarbe n’était qu’une création permettant  d’évacuer la famille paternelle de l’enfant adultérin non reconnu par elle avant de pouvoir se consacrer librement à la mère. Quelle affaire !

 

Et voici la phrase probatrice de La Rhubarbe : ” mais aujourd’hui , à l’instant précis où, mon panier à la main, accroché aux jupes de la femme légitime de mon père, maintenant qu’un bref calcul mental, favorisé par l’ambiance de marchandage et de troc, m’a permis de découvrir que père me devait en espèces sonnantes et trébuchantes un mamelonneux monticule d’écus, maintenant donc j’ai la certitude que la famille C. possède un trésor qui m’appartient et qui m’attend quelque part, en un endroit qu’il m’est difficile mais pas impossible d’atteindre : ” Les Cuns du Loum “.

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